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L’effort à l’éducation numérique doit être global

Depuis quelques années, nous entendons beaucoup de choses sur l’éducation au numérique : apprendre à coder dès la maternelle, être sensibilisé au cyber-harcèlement, protéger ses données ou encore apprendre à se servir d’un Arduino. Objectifs louables affichés dans des plans « numériques » étatiques, les moyens sont souvent délégués aux Régions qui devrons identifier les actions à mener sur leur propre territoire. À chaque territoire sa politique, à chaque territoire ses ressources mais surtout ses besoins et sa population.

Les objectifs cités plus haut n’ont absolument rien à voir avec ce que je nomme « l’Éducation au numérique » au sens large.

Depuis les années 60, l’informatique explose. Les entreprises doivent s’informatiser pour rester dans une démarche de productivité croissante, mais surtout ne pas se retrouver à la traîne face à une concurrence internationale florissante. De nouveaux métiers ont vu le jour, souvent de haute technicitée et à fort potentiel d’évolution de carrière. Des hordes « d’ingénieurs informaticiens » sont sorties d’universités ou d’écoles d’ingénieurs afin de répondre à cette demande croissante du marché. COBOL, assembleur, mainframes et gestion de parcs informatiques ont été, longtemps, des métiers de haut niveau de formation. Fin des années 80 début des années 90, la maintenance, la vente et le dépannage doivent répondre à la croissance de l’équipement individuel. L’informatisation des foyers a été brutale, nous avons vu arriver dans nos maisons ces machines que nous côtoyons dans le monde professionnel sans forcément savoir à quoi elles pourraient nous servir. Un écran, une unité centrale, un clavier voire une souris, parfois une imprimante pour rendre notre quotidien plus facile, plus ludique sont vites devenus des indicateurs sociaux.

Aujourd’hui, l’équipement n’est plus une priorité, les foyers (plus de 80%) disposent d’au moins un ordinateur. L’équipement devient même de plus en plus présent notamment avec le mobile et les gadgets qui vont avec. Nous disposons de plus en plus d’objets connectés aux Internets, pour un jour très prochain y voir notre réfrigérateur faire nos courses seul.
La production de données « personnelles » y est donc de plus en plus importante, nous nous noyons dans ces fleuves de données. Les nôtres, celles que nous produisons individuellement en nous connectant à telle ou telle application mais aussi celles de nos thermostats connectés par exemple. Nous nous laissons porter par ces courants de données sans trop savoir à quoi elles servent, à qui elles appartiennent, nous pensons trop souvent que ces données sont les déchets d’internet.
Cette évolution des usages n’est que la résultante d’une technologie absorbée par « les géants du Web », les Google Amazon Facebook Microsoft etc ont transformé radicalement le paysage d’internet des années 90 et antérieures. Nous nous laissons guider par leurs innovations sans trop réfléchir aux conséquences sur nos sociétés, sans trop avoir de visions d’avenir, comme par exemple nos enfants en photos sur les réseaux sociaux qui peut-être un jour, nous demanderons des explications, dans 10 ou 15 ans, se confrontant à leur image que nous avons diffusée et que nous ne maîtrisons pas.

Dans 10 ou 15 ans, nous en serons où avec la technologie ? Les innovations futures seront elles encore plus intrusives ? Laisserons nous les grands groupes privés dicter les règles de la liberté d’expression et de transfert de savoir, de l’accès à l’information ?

Aujourd’hui, un grand nombres d’acteurs souvent associatifs ou ONG, font du maintien des fondamentaux d’internet un combat de tous les jours, une lutte acharnée afin que ce qu’il nous reste de libertés ne soit pas effacé d’un revers économique ou législatif. L’éducation au numérique ne doit pas se réduire ni aux actions menées par ces acteurs, ni par les « plans numériques » de nos gouvernements. Non, elle doit être beaucoup plus large et moins technique, elle doit être beaucoup plus proche de la réalité et moins généraliste. Nous ne pouvons pas continuer à penser que le numérique est une affaire d’ingénieurs et qu’ils nous veulent que du bien.

Nous devons pouvoir nous poser les bonnes questions face à un site web qui nous demande beaucoup trop d’informations pour une simple commande en ligne, nous devons pouvoir évaluer la sécurité de nos données personnelles sans avoir à nous tourner vers un « expert en cyber-sécurité ».

Pour cela, notre regard doit évoluer, nous devons aiguiser notre esprit critique afin d’accompagner nos enfants vers les usages dans les meilleurs conditions, sans les lâcher dans le cyber-espace sans éducation.

Aujourd’hui, nous avons une lourde responsabilité sur nos épaules : ne pas laisser Internet devenir ce qu’une poignée de décideurs aimeraient en faire pour mieux contrôler l’économie et la démocratie.

 

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